Maladies et ravageurs du blé
Le siècle vert

Septoriose du blé

En blé, la septoriose est le problème majeur des agriculteurs. Le rendement peut être rapidement et fortement affecté en cas de contamination, jusqu’à 25 % dans les parcelles non traitées.

Pour préserver le potentiel du blé, la réponse se trouve dans la complémentarité des solutions mises en œuvre tout au long du cycle de la culture. L’agronomie aide à contenir l’inoculum, notamment en broyant et enfouissant les résidus du précédent cultural ou à freiner la contamination grâce aux variétés tolérantes. La protection fongicide préserve le potentiel de la culture

La septoriose se propage dans les étages foliaires de bas en haut  

Maladie foliaire, la septoriose est principalement due à deux champignons : Septoria tritici la forme asexuée et Mycosphaerella graminicola la forme sexuée. De nombreuses souches de Septoria tritici existent, elles sont responsables des contaminations au printemps. Leur particularité est de se développer de bas en haut au moment de la formation des étages foliaires et à la faveur des pluies. La période de risque de contamination se situe du stade 2 nœuds jusqu’au stade floraison.

Pour l’histoire

La forme sexuée du champignon responsable de la septoriose a été découverte en 1996 sur des chaumes de blé par Patrice Halama (Isa de Lille).

 

Septoriose, cycle biologique, symptômes

La maladie est présente tout au long du cycle de la culture.

Deux formes de contamination

Mycosphaerella graminicola, se disperse en fin d’été

La contamination par la forme sexuée se déroule en fin d’été, à partir des feuilles mortes de blé ou dans les repousses. Des ascospores se développent, elles bénéficient d’une importante variabilité génétique. Portées par le vent, elles vont toucher d’autres parcelles et germer sur les plantules de blé à l’automne.

Septoria tritici, premiers symptômes au printemps

La forme asexuée, Septoria tritici, contamine le blé à partir de décembre. Elle se trouve aussi dans les résidus de culture restés sur le sol. Le froid hivernal ralentit néanmoins la progression de la maladie. Au printemps, la contamination reprend avec les pluies, la rosée et nécessite une durée d’humidité de 15 heures minimum avec une température supérieure à 12 °C.

Septoria tritici fructifie sous forme de pycnides. Ces points noirs apparaissent en trois semaines. Ils sont visibles dans les taches nécrosées des tissus. Avec l’augmentation de l’hygrométrie, ils se gonflent, explosent et relarguent les cirrhes. Cette gelée transparente à l’aspect de tortillons contient les spores. Les feuilles les plus âgées sont les premières contaminées, les contaminations secondaires ont lieu lorsque la pluie le permet.

Les spores de septoriose se propagent par « effet splashing », dans les étages foliaires et entre les pieds de blé lors de fortes pluies.

Les gouttes d’eau chargées de spores rebondissent des feuilles les plus basses vers les plus hautes.

Un contact entre les pieds de blé augmente le risque de propagation de la maladie.

Un même symptôme pour tous les champignons responsables de la septoriose

La septoriose se repère 20 jours en moyenne après les contaminations, par des taches brunes allongées souvent entourées d’un halo jaune sur les premières feuilles du bas du pied de blé. Elles apparaissent sur les deux faces de la feuille, d’abord la plus âgée. Les fructifications du champignon, les pycnides, murissent sur les nécroses le long des nervures. Cette présence de pycnides est l’un des critères à prendre en compte pour distinguer la septoriose des accidents physiologiques.

Les deux formes, Septoria tritici et Mycosphaerella graminicola provoquent les mêmes formes de taches.

Septoriose et rendement

Les trois dernières feuilles formées contribuent de façon significative au rendement du blé. Toutefois, cette période correspond aussi au pic de développement de la septoriose. Contaminées, ces feuilles se nécrosent. La photosynthèse ralentit. Le remplissage des grains ne peut plus s’effectuer correctement.

Septoriose, les fondements du raisonnement de la protection des céréales  

Le mode de conduite du blé joue sur le risque d’apparition de la septoriose. Pour le limiter, l’agronomie apporte les premières solutions. Les mesures les plus efficaces sont l’utilisation de variétés tolérantes et l’enfouissement des résidus de récoltes.

Septoriose, les méthodes de lutte agronomiques préventives

LE CHOIX DES VARIÉTÉS TOLÉRANTES À LA SEPTORIOSE

La sélection variétale est le levier efficace dans le cadre d’une stratégie de protection combinatoire. Elle fait partie de l’une des recommandations du Contrat de solutions (fiche N°6). Des variétés tolérantes à la septoriose peuvent éviter ou limiter le recours à un fongicide en cas de pression parasitaire. Les variétés avec les notes de sensibilité attribuées par le GEVES, à partir de 6.5, ne nécessitent pas de traitement précoce (T1) contre la septoriose. Avec des variétés résistantes à la fois à la rouille jaune et à la septoriose, le T1 peut aussi être évité.

Souvent la tolérance à la septoriose s’accompagne d’une sensibilité à la fusariose. L’arbitrage se fait en fonction du risque prépondérant à la parcelle.

CONTRÔLER LE VOLUME FOLIAIRE

La septoriose se propage de feuilles en feuilles. Le contrôle du volume de feuillage est possible en ajustant la densité de semis et la fertilisation azotée. Un compromis entre l’objectif de rendement et la pression septoriose reste à trouver dans le cas d’une parcelle réputée à risque septoriose.

LE DÉSHERBAGE POUR ÉVITER LES PLANTES HÔTES

Les spores de septoriose peuvent aussi contaminer les épis des graminées adventices comme le ray-grass et le vulpin. Ces plantes deviendront des relais pour les pathogènes. Un désherbage de rattrapage au printemps évite la formation de « zone réservoir »

LE BROYAGE DES RÉSIDUS

Le broyage des chaumes et leur enfouissement grâce au labour évitent la conservation de la maladie.

Septoriose, la protection fongicide

La septoriose est une maladie qui se traite en préventif, du stade 2 nœuds au début de l’épiaison, idéalement lorsque les spores sont libérées. Le traitement positionné sur les dernières feuilles en formation constitue le pilier de la protection.

Septoriose, positionnement optimal des fongicides grâce aux OAD et réduction de l’IFT

Des outils d’aide à la décision prévoient les contaminations et l’évolution de la septoriose dans une zone. Ces services numériques compilent toutes les données agronomiques et météo qui influencent le développement du blé et des maladies (variété, date de semis, type de sol, précédent cultural, température, pluies…). Le recours à ces outils de prédiction permet d’économiser un traitement (souvent le T1) en cas de risque réduit. Ils aident à réduire l’Indice de fréquence de traitement (IFT).

10 à 20% des applications fongicides sur blé sont économisées en moyenne grâce aux outils d’aide à la décision, selon la fiche 46 du Contrat de Solutions.

Les bulletins de santé du végétal (BSV) informent aussi sur le développement de la maladie.

Bien souvent, les fongicides contre la septoriose sont appliqués au stade dernière feuille pointante pour ne pas compromettre le rendement.

Septoriose, les solutions fongicides

Contre la septoriose, deux traitements sont parfois nécessaires.

Les fongicides employés appartiennent majoritairement à la famille des triazoles et des SDHI. L’objectif est de bloquer la germination des spores et le développement du mycélium.

Des produits de biocontrôle composé de soufre, de phosphanate de potassium et de certaines algues, déjà homologués contre l’oïdium du blé peuvent être associés au premier traitement du blé (T1) contre la septoriose. La dose du fongicide conventionnel pourra alors être réduite. En agriculture biologique (AB), la septoriose est gérée avec du soufre.

La modulation des doses de fongicide en fonction de la biomasse est possible grâce au système d’analyse placé à l’avant des tracteurs et la réalisation de cartographie. Car plus celle-ci est volumineuse, plus le risque maladie est élevé.

À noter sur les risques de résistance

Les souches Septoria tritici présentent des résistances à différentes molécules. L’alternance des familles chimiques est recommandée pour pérenniser l’efficacité des produits. Les fongicides multisites participent aussi à la diversification des modes d’action.

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