Maladies et ravageurs du colza
Le siècle vert

La grosse altise du colza

Le colza est fréquemment menacé du début de son cycle jusqu’à la sortie d’hiver par les grosses altises ou altises d’hiver. Avec le charançon du bourgeon terminal (CBT), ce coléoptère noir bleuté est actuellement considéré comme le ravageur le plus problématique du colza car peu d’options existent pour le maîtriser en cas de fortes infestations. En raison du développement de populations résistantes aux pyréthrinoïdes et faute de nouvelles alternatives insecticides, des pratiques agronomiques sont à l’étude pour limiter son impact : plantes compagnes, implantations précoces, mesures pour favoriser la croissance afin de gagner cette course entre l’altise d’hiver et le colza.

Adultes et larves de grosses altises, les perforeurs du colza

Les adultes d’altises d’hiver (Psylliodes chrysocephala) s’observent dès la mi-septembre dans les parcelles de colza. Pour se nourrir, ces coléoptères noirs perforent uniquement les cotylédons et les jeunes feuilles du colza jusqu’au stade 4 feuilles. Sur cette période, si plus de 25 % de la surface foliaire est grignotée, la culture, affaiblie, ne pourra plus compenser ces dégâts en produisant d’autres feuilles. Le potentiel de rendement est fragilisé. Toutefois, la principale menace provient des larves. À l’automne, après la ponte des adultes, les larves qui en sont issues pénètrent dans le pétiole des feuilles de colza et creusent des galeries. De là, elles rejoignent la tige et peuvent endommager le bourgeon terminal. La plante reste alors naine avec un port buissonnant. Pendant l’hiver, les attaques de larves s’étendent jusqu’au cœur de la tige. Ces morsures rendent la plante plus sensible au gel.

 

Les morsures de feuilles causées par les adultes jusqu’au stade 3 feuilles, puis les galeries creusées par les larves dès le stade 6 feuilles menacent le potentiel de rendement, parfois jusqu’à bloquer la croissance de la plante

Cycle de développement des altises d’hiver et caractéristiques

Même si la grosse altise est un ravageur des crucifères, elle passe une partie de son cycle en dehors des parcelles de colza. Cette migration qui se déroule à la fin du printemps, au stade adulte avec un premier vol.

Avant la diapause estivale, les adultes de la nouvelle génération (N+1) se nourrissent sur d’autres plantes et dans les régions de fortes infestations des dégâts sérieux sur cotylédons de tournesol sont signalés.

Après la diapause estivale, l’insecte se dirige dès la mi-septembre vers les nouvelles parcelles de colza. Ensuite, il reste dans les champs de crucifères pour pondre. Il se déplace en faisant des sauts. Ce coléoptère possède une paire de pattes postérieures dotées de généreuses cuisses.

Il n’y a qu’une génération par an.

Dans les régions avec de fortes infestations d’altises d’hiver, de sérieux dégâts sont signalés sur les cotylédons de tournesol au printemps.

Les femelles altises pondent dans le sol, près des collets de colza

Les vols des adultes débutent mi-septembre en vue de la reproduction, le pic de vol est souvent enregistré vers la fin septembre, il peut se prolonger en octobre. Après cette phase, les adultes restent au sol. Moins mobiles, ils s’activent uniquement dès la tombée de la nuit. Le jour, ils se cachent dans les anfractuosités du sol et les résidus de paille.

Les pontes des altises se déroulent à l’automne et sont optimales entre 4°C et 12°C. Les œufs sont déposés en paquets dans des cavités du sol, tout près des pieds de colza. Les larves disposent ainsi de nourriture à proximité. Des températures en dessous de 2°C bloquent les pontes. Si l’automne est froid, les pontes peuvent s’étaler jusqu’au printemps.

Les larves d’altises passent l’hiver dans les plantules de colza

Les larves sortent mi-octobre, 10 jours après la ponte. Après avoir pénétré par le pétiole des feuilles de colza, elles passent trois stades larvaires dans la plante. Elles se nourrissent en creusant des galeries dans la feuille, la tige, puis arrêtent leur croissance lorsque les températures descendent en dessous de 7°C.

Au début du printemps, à la fin du troisième stade larvaire, lorsque les températures remontent, elles sortent de la plante pour effectuer leur nymphose dans le sol (entre 0,5 et 8 cm de profondeur).

Les adultes altises passent l’été dans les bords de parcelles

Les adultes émergent en mai-juin et quittent les parcelles de colza. Ils migrent vers les haies et les bords de culture avec une végétation dense afin de passer l’été. Ils entrent alors en diapause. Leur développement et leur activité s’arrêtent jusqu’au milieu de l’été. Début septembre, pour se reproduire, ils entament leur vol et se dirigent vers de nouvelles parcelles de colza tout juste semées. Cette migration vers les crucifères s’enclenche après une période de baisse puis de remontée des températures.

Altises à ne pas confondre

Même si elles ressemblent, les altises du lin et l’altise d’hiver sont des espèces différentes !

Quant aux petites altises, ce sont des coléoptères de 2 à 2.5 mm de longueur peuvent être observés dès la levée de la culture du colza. Moins fréquents que la grosse altise, ils perforent aussi les feuilles avec de lourdes conséquences pour le rendement.

La lutte préventive contre les altises d’hiver

Comme les adultes d’altises rongent surtout de très jeunes feuilles, pourquoi ne pas les priver de nourriture en leur offrant un colza bien moins attractif ? C’est la piste suivie en semant plus tôt le colza, début août. Lorsque les adultes arriveront en septembre sur la culture, elle aura dépassé le stade 3-4 feuilles. Autre avantage, en profitant des pluies orageuses d’août, le semis s’effectue sur un sol humide. Le risque d’échec à l’implantation, souvent observé en septembre en raison des sécheresses de fin d’été, est minimisé. Plus robuste, la plante résistera mieux aux bio-agresseurs.

D’autres leviers réduisent les attaques d’altises :

  • La destruction des mottes et résidus de paille où pourraient se cacher les adultes
  • Le semis du colza avec des légumineuses qui leurrent ces insectes
  • Le parasitisme par les micro hyménoptères parasitoïdes comme Tersilochus microgaster ou la prédation par les carabes
  • Les variétés vigoureuses dès la levée…

En revanche, les semis précoces sont plus sensibles aux attaques de petites altises (Phyllotreta) qui sont actives en été.

Les plantes compagnes perturbent les altises

Autre technique, complémentaire du semis précoce pour réguler les populations d’altises : l’association du colza avec une légumineuse gélive. Fétuque, fenugrec, vesces, lentilles…, ces plantes compagnes perturbent les adultes qui ont plus de difficultés à repérer les colzas pour se nourrir et pondre. Selon la fiche N°2 du Contrat de solutions, 19,5 % des surfaces de colza ont été semées avec des plantes compagnes en 2020.

Les légumineuses semées associées aux colzas perturbent les altises. Les adultes repèrent plus difficilement la plantule de colza.

Favoriser le retour des insectes auxiliaires

Des prédateurs comme les staphylins, les larves de cantharides, les adultes de carabes et des parasitoïdes vivent dans les bandes végétalisées situées à proximité des parcelles cultivées. Par exemple, l’hyménoptère Tersilochus ( Tersilochus microgaster) pond ses œufs au printemps, dans les larves d’altises.

Selon Terres Inovia, contre les ravageurs du colza, « des taux de parasitisme de plus de 90% ne sont pas rares. Ces taux sont cependant très variables et dépendent de nombreux facteurs qui sont encore difficiles à évaluer. »

Les bandes végétalisées et les haies abritent des insectes prédateurs des larves d’altises

Le suivi des populations de grosses altises et les stratégies de lutte insecticide

L’adulte de l’altise d’hiver est sous haute surveillance de septembre à octobre. Des réseaux d’agriculteurs et de techniciens piégeurs établissent des indicateurs de présence du ravageur dans les parcelles de colza. Les pièges, des cuvettes jaunes placées au sol dès le semis et légèrement enterrées, sont remplis d’eau et quelques gouttes de mouillant. La grosse altise tombe dedans lorsqu’elle effectue des sauts. Les observations sont partagées sur une application ou alimentent les Bulletins de santé du végétal (BSV). Les pièges servent aussi à surveiller les petites altises ou altises des crucifères (Phyllotreta sp.) et plus tard les vols de charançon du bourgeon terminal.

Les larves de grosses altises sont plus difficiles à repérer car elles sont dans les pétioles et les tiges. L’incision des tiges ou de pétioles permet de repérer les larves. Terres Inovia recommande notamment la méthode Berlèse pour les dénombrer.

Contre les adultes, les traitements insecticides sont effectués si 8 pieds sur 10 présentent des morsures. Les altises adultes étant surtout actives en début de nuit, l’application s’effectue de préférence en soirée.

Contre les larves d’altises, le traitement est nécessaire dès que le seuil de 2 à 3 larves par plante ou si la présence de larves est constatée dans 7 pieds sur 10.

En agriculture conventionnelle : En raison du développement de résistance démontré en 2015, les pyréthrinoïdes doivent être associés à une autre famille chimique pour maintenir leur efficacité (phosmet). Ils doivent être employés uniquement si la culture est en péril, avec des niveaux d’attaques établis au-dessus des seuils de nuisibilité. Les phénomènes de résistance sont importants dans le quart nord-est de la France.

Les familles d’insecticides autorisés contre l’altise s’utilisent si les seuils de nuisibilité sont dépassés :

Pyréthrinoïdes : deltaméthrine, lambda-cyhalothrine, esfenvalérate, alphaméthrine cyperméthrine, étofenprox…

Organophosphoré non-systémique : phosmet (uniquement si cas de résistance)

 

POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES BONNES PRATIQUES DE TRAITEMENT, CLIQUEZ ICI

Ceci pourrait aussi vous intéresser

Soyons plus sûrs !

Phytopratique

Fiches pratiques, gestes clés, tests de connaissances… Vous informer, c’est vous protéger !

En savoir plus
Restez informé de nos informations Je m'inscris à la Newsletter