Maladies et ravageurs de la vigne
Le siècle vert

Eudémis et cochylis, tordeuses de la grappe

Eudémis et cochylis sont deux papillons nuisibles pour la vigne. Leurs chenilles, polyphages, creusent des galeries dans les grains de raisin. Ces deux tordeuses de la grappe enchainent deux générations d’avril jusqu’à fin juillet dans les vignobles du nord, et parfois trois jusqu’à fin août pour eudémis qui est plus méridionale. Suivre leur cycle biologique et identifier les pics de vol sont essentiels afin de bien positionner les moyens de protection, biologiques ou conventionnels.

Eudémis et cochylis, perforeuses de grains

Cochylis Eupoecilia ambiguella et eudémis Lobesia botrana appartiennent à la famille des tordeuses de la grappe, Tortricidae.

Cochylis, espèce septentrionale, se retrouve dans les vignobles du nord et parfois du sud. Eudémis, la méridionale, remonte progressivement dans les vignobles du nord, réchauffement climatique oblige.

Ces deux lépidoptères sont les ravageurs les plus dommageables pour la vigne car non seulement ils s’attaquent aux grains, mais en perçant la cuticule, leurs chenilles favorisent le développement, par contact, du mycélium du botrytis. Les premiers papillons cochylis peuvent se repérer dès avril, avec une hausse des températures autour de 12°C.

Les dégâts varient souvent d’une année sur l’autre, avec parfois plus de 60% des grappes atteintes en fin de cycle.

D’autres tordeuses de la grappe peuvent apparaitre suivant les vignobles : eulia, Argyrotaenia ljungiana, la pyrale Sparganothis pilleriana et la pyrale des agrumes Cryptoblabes gnidiella qui sévit sur les vignobles du littoral méditerranéen.

Eudémis et cochylis, de la chrysalide au papillon

Cochylis émerge avant eudémis. Les larves de cochylis et d’eudémis hivernent sous forme de chrysalide sous les écorces des ceps de vigne et même dans la fente des piquets. Les adultes sortent du stade chrysalide en 8 jours environ avec une hausse des températures. Les premiers vols de cochylis, annonciateurs de la période d’accouplement, sont susceptibles de débuter à partir d’avril dans les vignobles du sud. Chaque papillon vit de 7 à 12 jours. Les émergences peuvent s’étaler jusqu’à début mai. Dans le nord, la première génération de cochylis effectue son vol plutôt à partir de la fin avril voire début mai, jusqu’à début juin. Bien souvent le pic de vol coïncide avec le stade 3 ou 6 feuilles de la vigne.

Le deuxième vol de ces papillons se déroule à partir de la fin juin début juillet, période de grossissement des jeunes baies.

Un cycle complet dure, en moyenne, 2 mois pour la première génération, un mois pour les suivantes. L’émergence des papillons est plus regroupée. Les œufs incubent environ 7 à 10 jours, mais cette période peut être plus courte selon les conditions météo. La chenille passe 5 stades larvaires, sur une période de 20 à 28 jours, puis forme une chrysalide dans les grappes ou les feuilles, laquelle se transforme en papillon au bout de 7 jours.

Au total, cochylis effectue deux générations, eudémis parfois trois dans les vignobles du sud. Les deux cycles se déroulent d’avril à fin juillet, voire début août. Avec le raccourcissement des jours, les chenilles de tordeuses entrent en diapause. Elles entament alors l’hivernation sous forme de chrysalide.

À savoir sur ce qui perturbe cochylis et eudémis

  • La pluie et le vent empêchent les activités des papillons.
  • Les œufs et les larves supportent très mal les hygrométries inférieures à 60-70 %.

La chenille eudémis est agile, cochylis est lente

Les adultes

  • Eudémis mesure 5 mm de long, il est plus petit que cochylis. La partie dorsale du thorax possède une touffe d’écailles. Les ailes antérieures sont bleutées avec des taches sombres et les ailes postérieures sont grises.
  • Cochylis mesure de 6 à 7 mm. Le papillon est de couleur jaune ocre. Une bande marron foncé barre les ailes antérieures.

Les œufs

Les œufs des tordeuses sont légèrement en forme d’ellipse, jaunâtres avec des reflets irisés. Les œufs de cochylis prennent une coloration orangée. À maturité les œufs sont gris.

Les chenilles

C’est à partir du deuxième stade larvaire, sur un total de cinq, que les chenilles se distinguent. Eudémis est jaune-vert avec une tête beige. Cochylis se repère avec sa tête noire et son corps orange. Et si on leur demande de faire la course, la chenille cochylis perdra face à la vivacité d’eudémis.

Eudémis et Cochylis, tordeuses de la grappe

Les phéromones, médiateurs attractifs entre les mâles et femelles

L’accouplement des papillons et les pontes se déroulent en début de nuit. Les pontes sont peu abondantes en dessous de 14°C. La cochylis reprend son activité en fin de nuit.

La femelle attire le mâle en diffusant des médiateurs chimiques : les phéromones. Elle commence l’accouplement 24 heures après son émergence. Une femelle cochylis peut s’accoupler une dizaine de fois et pondre jusqu’à 100 œufs.

Les chenilles d’eudémis et cochylis s’attaquent aux boutons floraux et aux grains

Les larves, après un court stade baladeur de quelques heures, s’attaquent aux boutons floraux. En tissant un fil, elles les assemblent en « glomérules ». Ces amas sont visibles mi-mai dans les vignobles du sud et fin mai dans ceux du nord.

La chenille d’eudémis rapide dans ses mouvements forme en moyenne 2 glomérules. Elle passe ses 5 stades larvaires dans cet agrégat qui grossit à mesure de son développement. À l’issue de cette phase, la chenille sort du glomérule et tisse son cocon de nymphose à proximité dans l’inflorescence ou sur le bord d’une feuille. La nymphose dure de dix à quinze jours

L’impact sur le rendement de cette première attaque reste faible.

Après le deuxième vol, vers la fin juin, les femelles déposent leurs œufs sur les grains au stade petit pois.

Les chenilles des 2 et 3 générations, pour eudémis, causent des dégâts sur les grains en les perforant et en creusant des galeries. Elles créent ainsi des portes d’entrée pour l’installation et la propagation du botrytis, Botrytis cinerea.

À savoir sur les plantes hôtes d’eudémis et cochylis

Polyphages, les tordeuses de la grappe restent dans les parcelles mais peuvent aussi se développer sur des plantes hôtes. Elles sont différentes pour eudémis et cochylis. L’armoise est considérée comme l’hôte d’origine des chenilles de cochylis. La bourdaine héberge aussi cochylis dans des régions non viticoles. L’eudémis colonise le daphné, le romarin et l’olivier.

Eudémis et cochylis, les mesures de protection

La protection des vignes contre les tordeuses de la grappe se déclenche à partir des observations des pics de vol, de la quantification des glomérules en première génération et la détection des œufs en 2e génération ainsi que les alertes des bulletins de santé des végétaux (BSV). L’évaluation du risque est la seule action possible hors lutte insecticide chimique ou biologique face à ces papillons. Elle s’effectue par piégeage des premiers papillons et observation régulière des parcelles. La protection de la vigne contre la 2e génération est essentielle. Environ 10 jours après l’émergence des papillons, les pontes sont recherchées sur les baies afin d’évaluer le degré de nuisibilité.

Pour interrompre un cycle d’eudémis et de cochylis, il existe deux solutions :

1 – La lutte biologique

  • La protection par confusion sexuelle. Cette méthode existe depuis les années 80. Des dispositifs relarguent au moment du vol des phéromones. L’air est saturé par ce « parfum » normalement émis par les femelles pour que les mâles les repèrent. De fait, les mâles ne parviennent plus à localiser précisément les femelles. Les accouplements des papillons sont perturbés. Ces diffuseurs sont placés dans les vignes avant le vol de la 1re génération des tordeuses. L’homogénéité est importante pour que la confusion fonctionne sur les trois générations. La surveillance des parcelles reste indispensable.
  • Le parasite biologique. L’épandage de Bacillus thuringiensis est programmé pour parasiter les chenilles des tordeuses.
  • Les autres produits insecticides homologués en bio
  • Solution naturelle avec une matière active naturelle issue de fermentation bactérienne.
  • Insecticides formulés avec des pyrèthres (essence du chrysanthème).

 

2 – La lutte insecticide conventionnelle

  • Le déclenchement de la protection est lié au dépassement du seuil nuisibilité. Au-delà de 30 glomérules pour 100 inflorescences (seuil variable selon les régions), l’application d’un insecticide conventionnel est recommandée.
    • Génération 1 : les traitements sont effectués en cas de très forte population
    • Génération 2 :  les traitements sont le pilier de la protection à ce stade car ils garantissent l’intégrité de la récolte. La période de développement de la G2 coïncide avec le grossissement des grains
    • Génération 3 (eudémis) : les vols sont étalés et difficiles à maîtriser. Deux traitements à 20 jours d’écart peuvent être nécessaires en cas de forte attaque

Les produits autorisés en conventionnel appartiennent aux familles chimiques de synthèse des pyréthrinoïdes, avermectines…

 

Pour en savoir plus sur les bonnes pratiques de traitement, cliquez ici

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