L’appréciation de l’activité du marché des produits
phytopharmaceutiques doit être effectuée sur la base de la
campagne agricole (1er octobre/30 septembre) pour tenir
compte des périodes d’utilisation de ces produits sur
les cultures. Une analyse faite sur la base de l’année
civile rend compte par conséquent de la situation de 2
campagnes dont le contexte a pu être sensiblement
différent.
Une influence des conditions climatiques 2002/2003 à
prévoir
Dans cette tendance durable de rétractation du marché,
la bonne tenue de la campagne 2001/ 2002 s’explique
essentiellement par un aspect conjoncturel.
Cette campagne a connu un déroulement « normal » pour la
plupart des cultures, dans un contexte climatique qui
n’a pas constitué un facteur limitant.
En revanche, la campagne en cours portera les
conséquences d’incidents climatiques peu favorables :
des inondations dans le Sud-Est de la France à l’automne
dernier, des périodes de gel en alternance avec des
périodes de sécheresse sur diverses régions.
La réduction du marché, évaluée selon le chiffre
d’affaires réalisé, qui avait été significative au cours
de la campagne 2000/2001 par rapport à la campagne
précédente, a marqué le pas au cours de la campagne
2001/2002. Cependant, l’analyse du chiffre d’affaires
sur l’année civile 2002 (1,869 millions d’euros) montre
que la tendance à la baisse persiste et que l’année en
cours s’inscrira dans cette évolution.
Des tonnages réduits de 25% par rapport à 1997
Si le pic de mise en marché depuis la réforme de la
PAC reste la campagne
1997/1998, on peut remarquer que la diminution du
marché depuis cette période est significative
puisqu’à la fin de la campagne en cours elle
pourrait être de l’ordre de 15 %. Cette baisse est
confortée par l’analyse de l’évolution des tonnages
de substances de matières actives vendues en France
: l’année civile 2002 montre, en effet, une baisse
de près de 25% par rapport à l’année 1997.
L’analyse actuelle du marché pourrait conduire à
établir une comparaison avec la situation rencontrée
lors de la réforme de la PAC en 1992. Contrairement
au rebond constaté alors, il apparaît que le marché
des phytopharmaceutiques serait structurellement en
baisse. En effet, des facteurs permanents de
changement se confirment sur l’ensemble des acteurs
de la filière amont.
Des facteurs influent sur l’utilisation des produits
phytopharmaceutiques
Au niveau des agriculteurs :
- des contraintes économiques qui pèsent sur la
rentabilité des exploitations :
les forts aléas sur le prix des productions agricoles
qui dépend notamment
des importations céréalières des pays de l’Est, et qui,
net d’inflation, serait en
moyenne de l’ordre de - 5% en 2002 par rapport à 1995 ;
des programmes de réduction de coûts mis en place pour
se prémunir
contre les incertitudes liées aux nouveaux systèmes
d’aides envisagées dans
les projets actuels de la réforme de la PAC et en
particulier de ceux envisagés dans le cadre des modèles
de découplage de ces aides à la production, partiels ou
non.
- des modifications de comportements :
* volontaires : selon de récentes enquêtes réalisées
auprès d’agriculteurs, plus de la majorité d’entre eux
veut s’inscrire dans une démarche de qualification «
Agriculture Raisonnée » ;
* liées à la réglementation : retrait de substances
actives, renforcement de l’encadrement des pratiques
(mélanges), montée en puissance de la TGAP.
L’influence des capacités de stockage
Au niveau des distributeurs, le volume des
produits phytopharmaceutiques vendus est lié également aux
capacités de stockage des distributeurs. L’application
des nouvelles réglementations tant sur les dépôts de
produits phytopharmaceutiques que sur les silos a amené les
distributeurs à revoir leur niveau de stock moyen, ce
qui a pu avoir des conséquences sur les politiques
d’approvisionnement, sans que l’on puisse parler
réellement encore d’effets sur les volumes vendus.
L’effet positif des innovations
Au niveau des fournisseurs, l’analyse du
chiffre d’affaires réalisé au cours de la campagne
2001/2002, qui marque un simple palier dans cette
tendance de réduction, fait apparaître une meilleure
tenue des familles de produits qui ont vu l’arrivée sur
le marché de nouvelles molécules (comme les fongicides,
ou les herbicides). Il est à remarquer qu’à côté de la
confirmation des grands pôles internationaux de
recherche et développement, des entreprises de taille
intermédiaire ont procédé à l’acquisition de molécules
pour dynamiser certains segments du marché.
« Savoir créer de nouvelles sources de valeurs »
Cependant, indépendamment de tous les facteurs déjà
cités, l’évolution du marché sera fonction de la
capacité des acteurs de la mise en marché des produits
phytopharmaceutiques à :
* continuer à s’adapter à une segmentation entre les
marchés de masse et les marchés de niche : la
concentration des fournisseurs et l’évolution des
critères de compétitivité ont déjà commencé ;
* créer de nouvelles sources de valeur en développant la
prise en compte opérationnelle des nouveaux enjeux comme
l’environnement, la sécurité, la simplification du
travail, le respect de contraintes de l’aval, de bons
rapports qualité/prix. Les ventes de services autour du
produit, les programmes d’actions individuelles et
collectives pour protéger l’environnement s’accentuent,
de même que le déploiement sur le terrain des démarches
filières.
Pour mémoire, la ventilation du chiffre d’affaires
mondial par grands ensembles économiques et par
familles de produits ne montre globalement pas de
changement sensible par rapport à l’année
précédente.