Sur les
phytopharmaceutiques, la santé et l'environnement
AFP – 10 septembre – Bertille Woisard
La France lance son plan pour réduire l’usage des pesticides de 50% Le gouvernement a dévoilé mercredi son plan pour réduire de moitié, "si possible" d'ici 2018, l'usage des pesticides en France, première utilisatrice de ces substances en Europe, des mesures bien accueillies par les écologistes mais qualifiées d'irréalistes par les fabricants. Ce plan en huit points, présenté par le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, en conseil des ministres, va coûter 206 millions d'euros sur les trois premières années. Il se fonde sur les conclusions rendues en mai par des experts mandatés par le Grenelle de l'environnement et répond à la demande formulée fin 2007 par le président Sarkozy d'une réduction de 50% "si possible en dix ans". Lors du Grenelle de l'environnement, les experts issus des milieux agricoles, scientifiques, industriels et associatifs avaient eu le plus grand mal à s'accorder sur des indicateurs permettant de mesurer leur réduction. Afin de parer à toute critique, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un indicateur spécifique, le nombre de doses unité (NODU), qui calculera l'intensité des pesticides utilisés et non leur seul volume. Entre 2001 et
2005, les agriculteurs ont en effet réduit les quantités de pesticides utilisés, mais ils étaient plus puissants. Des indicateurs seront aussi élaborés d'ici 2012 afin de calculer l'impact et les risques sur la santé et l'environnement, alors qu'il n'y a encore aucune donnée en la matière. Le plan prévoit également la création d'un certificat de maîtrise des produits phytosanitaires en 2010. Les agriculteurs passeront alors un examen de connaissances en matière de pesticides. Le gouvernement veut également mettre en lumière dès 2009 3.000 exploitations agricoles, exemplaires en matière d'utilisation des pesticides.
Il entend aussi réduire leur utilisation dans les zones non agricoles (espaces verts publics, potagers des particuliers), qui représentent 10% des pesticides utilisés. Ce plan a été mal accueilli par les fabricants. L'objectif de 50% "est irréaliste, sauf si on considère que la France n'est plus un pays agricole et que nous serons obligés d'importer des produits agricoles de base", a commenté Jean-Charles Bocquet, directeur général de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Il a fait valoir que les agriculteurs avaient déjà réduit de 40% l'usage des pesticides entre 1999 et 2006. La FNSEA a insisté sur l'importance du "si possible" associé à l'échéance de dix ans pour diminuer l'usage des pesticides. A l'époque du Grenelle, "notre accord était conditionné à ce +si possible+, a rappelé Pascal Ferey, vice-président du syndicat agricole. "Il est hors de question d'accepter que le ministère prenne le risque d'handicaper économiquement (...) les filières végétales françaises". Pour l'association de défense de l'environnement MDRGF, l'une des plus en pointe sur ce dossier, ce plan est un "bel essai à transformer". Elle s'est félicitée que la réduction des pesticides soit fondée sur un indicateur "fiable et pertinent". L'association regrette cependant que l'agriculture biologique, "dont les techniques alternatives aux pesticides ont fait leurs preuves", ne soit pas mentionnée. Une partie des mesures annoncées mercredi seront inscrites dans les projets de loi Grenelle, qui devraient être examinés par le parlement dans les mois qui viennent.
L’UIPP a adressé un Communiqué de Presse joint en PJ
TF1 – 10 septembre – JT 20 heures - Marie-Claude Slick
Des pesticides dans nos vins
Le plan annoncé aujourd’hui par Michel Barnier, le Ministre de l’Agriculture, va sans doute les encourager. Il faudra diminuer le taux de pesticides de 50 % d’ici 2018, si possible. Marie-Claude Slick et Alain (inaudible) ont mené l’enquête de ce 20 heures.
(Début du reportage)
Marie-Claude SLICK
Le laboratoire de l’Institut français de la vigne et du vin se trouve au milieu des vignes, à Orange. Magalie Grinbaum y travaille depuis vingt ans. C’est une des meilleurs spécialistes de l’analyse des résidus de pesticides. On mêle au vin un solvant qui va absorber les pesticides et c’est ce solvant qu’on va analyser. L’appareil détecte des doses très faibles, au microgramme, soit six zéros après la virgule.
Magalie GRINBAUM
Alors, on retrouve du diméthomorphe, du pyriméthanil, de l’azoxystrobine et du (inaudible).
Marie-Claude SLICK
Ce sont des fongicides, des produits contre les parasites. On en retrouve peu, généralement quatre ou cinq, comme ici, à l’état de traces.
Magalie GRINBAUM
On les retrouve là, à des doses qui sont de l’ordre de 10 à 20 microgrammes. C’est assez représentatif de ce qu’on retrouve dans les vins puisqu’on a un petit peu de chance en vinification. La plupart des molécules sont éliminées pendant la fermentation alcoolique. Ce sont des traces, donc, pour le consommateur, il n’y aucun risque.
Marie-Claude SLICK
Il faut ajouter que de nombreuses molécules ont été retirées du marché ces dernières années, et que les pratiques des viticulteurs commencent à changer. Nous nous rendons dans la région de Saint-Emilion, pour rencontrer Philippe Bardet. Ce viticulteur a été un des premiers dans cette région de grands crus à prendre conscience de la nécessité de réduire les traitements chimiques. Voici sa philosophie.
Philippe BARDET
Dans les années 80, on faisait comme tout le monde. On utilisait beaucoup de produits chimiques. Au même titre qu’en santé publique, on utilisait beaucoup d’antibiotiques. Mais maintenant, on sait que les produits chimiques, ce n’est pas automatique, c’est comme les antibiotiques.
Marie-Claude SLICK
Le principe de base est d’observer la nature, la laisser faire et lui donner le coup de pouce seulement quand il le faut. Par exemple, on utilise ces stations pour observer les insectes ravageurs.
Philippe BARDET
Lorsqu’on voit des insectes, cela nous permet de cerner le début du vol. Et une fois que nous avons ce début du vol, on sait quand est-ce qu’on peut observer soit les œufs, soit les chenilles. Et si on trouve plus de 30 chenilles pour 100 grappes, on est obligé d’intervenir. Sinon, la nature a bien fait les choses à notre place et nous ne traitons pas.
Marie-Claude SLICK
Des randonneurs des vignes sont engagés. Dès qu’un pied malade est repéré, il est signalé par GPS pour être rapidement arraché. Mille quatre cents viticulteurs du Bordelais se sont regroupés pour appliquer ces méthodes. Le résultat est une réduction de 60 % des insecticides dans leurs vignobles. Reste les deux plaies de la vigne, deux parasites : l’oïdium et le mildiou. Nous nous rendons dans les Graves, dans un centre d’expérimentation de l’INRA, Château Couhins. On nous montre, d’abord, une vigne témoin non traitée contre le mildiou.
Dominique FORGET
La plupart des feuilles sont grillées, elles sont marron. Les raisins, on croirait que les vendanges sont faites, mais, en fait, elles n’ont pas été faites, c’est la maladie qui a vendangé pour nous. Il n’y a plus une grappe, le mildiou a tout détruit.
Marie-Claude SLICK
Ici, on a supprimé les traitements systématiques à dates fixes. On remplace la facilité de la chimie par l’effort de l’observation. On ne traite que de besoin. Résultat : 50 % de fongicides en moins. Pour cela, le viticulteur doit passer beaucoup de temps dans sa vigne. Lorsque de grands domaines sont détenus par des groupes industriels avec des viticulteurs salariés, on rencontre rarement cet engagement. Seule la loi peut contraindre les récalcitrants.
Dominique FORGET
Une bonne partie des viticulteurs ont besoin d’une loi claire et précise qui fixe le nombre maximal de traitements par an pour aller dans cette voie là. Ils n’iront que contraints par le législateur.
Marie-Claude SLICK
Cette loi est prévue par le Grenelle de l’environnement.
|