L’exemple du Bassin Versant de la Fontaine du Theil
Publié le 5 septembre 2011
Dans le bassin versant de la Fontaine du Theil, au nord de Rennes, concilier activité agricole et qualité de l’eau, ça coule de source. En 1997, les eaux d’un petit ruisseau ont été auscultées. Résultat : une présence récurrente de produits phytosanitaires. Dès lors, des actions correctrices ont été mises en place. Agriculteurs, élus locaux et organismes techniques ont fait cause commune pour reconquérir la qualité de cette eau. Et cela a fonctionné… rapidement. En 1998, dans 22 % des analyses, au moins une des 28 molécules potentiellement détectables était repérée. En 2006, ce pourcentage est tombé à 5. Le bassin versant de la Fontaine du Theil est un vrai cas d’école.
Une reconquête de la qualité de l’eau, à copier
Pour réaliser le diagnostic sur le bassin versant, deux outils du Corpen ont été utilisés : Aquasite qui analyse les risques de pollutions ponctuelles d’une exploitation agricole et Aquaplaine qui s’intéresse lui aux parcelles. Son rôle : caractériser la circulation de l’eau à l’échelle parcellaire et par la même, les risques de transfert des produits phytosanitaires vers les eaux superficielles et profondes. Alors que les pollutions ponctuelles s’affichent comme les plus contaminantes – avec en tête le lavage du pulvérisateur, le remplissage de la cuve et la gestion des effluents-, les pollutions diffuses sont, elles, liées aux pratiques au champ : choix de la période d’application, du produit, date de semis, travail du sol, choix de l’assolement, présence ou non de bandes enherbées, lutte contre l’érosion…
Le nombre de substances recherchées, jusqu’à 28, est issu d’un compromis entre l’intensité de leur utilisation et la fréquence des analyses. La priorité a été donnée aux herbicides, notamment à ceux utilisés sur blé et maïs, principales cultures du bassin versant. Entre 1998 et 2006, près de 877 prélèvements ont été réalisés soit plus de 15000 analyses effectuées. Les deux premières années, le seuil de 5 ug/l fut dépassé dans 0,6 % des analyses : un tel dépassement ne sera plus observé par la suite. C’est en 2001 que les flux de substances actives commencent à baisser à la sortie du bassin versant. Le métolachlore reste la substance la plus souvent repérée (jusqu’à 18 % des flux), suivie du glyphosate, de l’atrazine et de l’isoproturon. Un constat s’impose rapidement : la quantité appliquée n’est pas le seul facteur agissant sur les niveaux de transfert. En cause également la période d’application, le type de culture, les facteurs pédologiques, hydrologiques et météorologiques ainsi que les aménagements paysagers du bassin versant.
Pas moins de 56 réunions techniques ont eu lieu pour informer les agriculteurs sur les préconisations de désherbage, le respect de la réglementation, les bonnes pratiques de pulvérisation, la protection de l’utilisateur, l’amélioration de la qualité des eaux. L’engagement des agriculteurs a toujours été volontaire. Tous ont eu la liberté de mettre en place, plus ou moins rapidement, les actions correctives proposées. Toutefois, de nombreux aménagements ont été réalisés sur l’ensemble du bassin versant : sur les espaces cultivés bien sûr mais aussi sur les parcelles non cultivées. Implantation de bandes enherbées, de prairies permanentes, nettoyage des berges, maintien des friches humides, restauration des haies, travail du sol perpendiculairement à la pente, couverture hivernale des sols, amélioration des modes de désherbage… toutes ces actions reproductibles, ont eu un impact sur le trajet et le « filtrage » de l’eau au sein du bassin versant. Quant aux pratiques des agriculteurs, les progrès notables concernent la gestion des fonds de cuve et la mise aux normes des pulvérisateurs ainsi que la collecte des emballages vides. En revanche, certains points mériteraient encore quelques efforts comme par exemple la présence sur l’exploitation d’un local de stockage des produits phytosanitaires adapté, d’équipements individuels de protection et l’assurance d’un approvisionnement en eau sécurisé.