[04 Novembre 2008]
« Nos enfants nous accuseront » Le point de vue de l’UIPP sur le film
L’Union des Industries de la Protection des Plantes souhaite exprimer son point de vue sur ce documentaire présentant l’initiative de la municipalité de Barjac (Gard), qui décide de passer au 100% bio les cantines scolaires du village. À travers ce film, Jean-Paul JAUD dénonce « les méfaits de la pollution chimique » sur la santé publique. Une oeuvre engagée et militante qui ne peut que toucher par la gravité des situations présentées et par ses témoignages saisissants.
L’UIPP reconnaît le droit à Jean-Paul JAUD de s’exprimer en son nom, mais remet en cause le contenu scientifique partial de ce film et tient à préciser des informations complémentaires afin que chacun puisse se forger un avis objectif.
Utilité prouvée des produits phytopharmaceutiques
L’UIPP souhaite préciser le contexte d’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Ils contribuent à préserver les rendements, à obtenir des récoltes régulières mais aussi à maintenir la qualité sanitaire, organoleptique et technique des produits.
Agriculture biologique, agriculture conventionnelle, deux systèmes complémentaires
L’agriculture biologique, mise en avant dans le film, représente moins de 2% de
l’agriculture française. Aujourd’hui, ce type d’agriculture est complémentaire de
l’agriculture conventionnelle, mais ne peut en aucun cas faire face au défi alimentaire
mondial.
Jacques Diouf, le directeur de la FAO(1), a déclaré le 10 décembre 2007 : « Nous devons recourir à l’agriculture biologique et l’encourager ». « Elle représente une source croissante de revenus, pour les pays développés comme pour les pays en développement. Mais il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques ».
Par ailleurs, en réponse à ce qui se dit dans le documentaire sur la qualité nutritionnelle des
produits biologiques, l’UIPP attire l’attention sur l’avis rendu par l’Afssa(2) en 2002 : « En l’état
actuel des connaissances et devant la variabilité des résultats des études examinées, il ne
peut être conclu à l’existence de différence remarquable, des teneurs en nutriments
entre les aliments issus de l’agriculture biologique et ceux issus de l’agriculture
conventionnelle ».
Aucun lien causal avéré entre pesticides et cancer
4 000 études scientifiques ont été publiées sur les causes des cancers. À ce jour, la communauté scientifique considère qu’il n’est pas possible d’établir un lien entre pesticides et cancer.
Exemples d’études réalisées par des institutions reconnues pour la qualité de leurs travaux scientifiques :
- Le rapport réalisé en 2007 par l'Académie de médecine, l’Académie des Sciences, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) conclut que moins de 1% des cancers seraient attribuables à la pollution environnementale et que « le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide ».
- Le rapport du WCRF (World Cancer Research Fund - novembre 2007) renforce la position du CIRC : « Bien que le sujet soit controversé, il n’existe à ce jour aucune preuve épidémiologique que les résidus de produits phytopharmaceutiques, seuls ou en cocktails, que l’on pourrait retrouver dans l’eau ou l’alimentation, aient un effet significatif sur un risque de cancer ».
Concernant la santé des agriculteurs, le Dr Lebailly, chercheur au GRECAN(3) (Caen), révèle que la mortalité générale, comme la mortalité cancéreuse (tous cancers confondus) est moins élevée chez les agriculteurs que dans la population globale. De plus, « il n’existe pas de preuve que tel pesticide est un agent causal de cancer, hormis les composés arséniés interdits en viticulture » (source : interview Dr Lebailly pour envirodroit.net, 28/01/08).
Par ailleurs, les agriculteurs, qui sont les 1ers utilisateurs de pesticides et de ce fait les plus exposés, ont une meilleure espérance de vie que la population générale et que certaines catégories socioprofessionnelles en particulier (ouvriers, employés ou personnes n’ayant jamais travaillé).
Entre 1991 et 1999, l’espérance de vie des agriculteurs était de 78,5 années, alors que pour l’ensemble de la population, elle s’élevait à 76 ans. (Source Insee, 2005).
Sécurité garantie pour les utilisateurs et les consommateurs
L’UIPP tient à rappeler que les pesticides font l’objet de procédures d’évaluation longues et complexes, tout comme les médicaments : 300 études, soit 10 ans de recherche et 200 millions d’euros d’investissement, sont nécessaires avant la mise sur le marché d’un produit phytopharmaceutique. Sur près de 150 000 molécules synthétisées, une seule bénéficiera d’une autorisation de mise sur le marché. L’ensemble de cet encadrement réglementaire légiféré par les autorités sanitaires françaises et européennes et les évaluations scientifiques garantissent la sécurité des utilisateurs et des consommateurs.
Enfin, l’UIPP précise qu’elle n’a pas été contactée ou consultée dans le cadre de la réalisation de ce film mais se tient bien évidemment à votre disposition pour vous transmettre toute information relative aux produits phytopharmaceutiques : utilité, santé, environnement, réglementation, marché... Un site Internet d’information sur les pesticides est également consultable : www.info-pesticides.org.
1: FAO – Food and Agriculture Organization of the United Nations
2: AFSSA - Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments
3: GRECAN - Groupe de recherche sur le cancer situé à Caen (Basse Normandie)